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Investir dans une sportive thermique avant l'électrique : bonne idée ?

Par Alexandre Berthier · · 7 min de lecture

On me demande de plus en plus si acheter une sportive thermique aujourd'hui, c'est faire un placement. Ma réponse honnête : parfois oui, souvent non, et tout dépend du modèle. Je ne suis pas trader, je suis négociant depuis 2006, et j'ai vu des voitures doubler de valeur pendant que d'autres fondaient comme neige au soleil. En janvier 2025, un client de Bron m'a revendu sa BMW M2 Competition manuelle au prix où il l'avait payée trois ans plus tôt. Ça ne s'invente pas, et ça mérite qu'on creuse pourquoi certaines thermiques résistent.

Pourquoi la fin annoncée du thermique change la donne

L'électrification pousse les constructeurs à abandonner les blocs atmosphériques, les boîtes manuelles, les six cylindres en ligne qui ont fait leur réputation. Quand une mécanique disparaît du catalogue, le marché de l'occasion devient le seul endroit pour s'en procurer. C'est de la rareté mécanique, pas du marketing. La Porsche 718 Boxster GTS 4.0, avec son flat-six atmosphérique et sa boîte manuelle, fait partie de ces voitures dont je sais qu'on ne reverra pas l'équivalent neuf. Idem pour la M2 Competition à trois pédales. Ce sont des objets que les passionnés voudront encore dans dix ans.

Les modèles que je surveille de près

Dans mon stock actuel, trois voitures cochent les cases du futur collector. La Porsche 718 Boxster GTS 4.0, déjà citée, parce que l'atmosphérique manuel devient une espèce protégée. La BMW M2 Competition manuelle, dernière vraie M compacte à boîte mécanique avant l'hybridation de la gamme. L'Audi RS 3 Sportback et son cinq cylindres en ligne 2.5 turbo, un moteur primé année après année, unique sur le marché. J'ajoute la 911 Carrera 4S 992 : une 911 essence bien spécifiée ne s'est jamais vraiment effondrée en valeur en quarante ans. Ce ne sont pas des promesses, ce sont des tendances que j'observe au quotidien.

« Une sportive devient un placement quand trois choses se rencontrent : une mécanique qu'on ne fabriquera plus, une production limitée, et une communauté qui l'aime vraiment. Le reste, c'est de la spéculation. »

— Alexandre Berthier

Ce qu'en disent les chiffres

Parlons concret. Une sportive thermique banale décote classiquement de 15 à 20 % par an les premières années. Mais une référence rare peut se stabiliser, voire reprendre. La M2 Competition manuelle, je l'ai vue passer d'une cote autour de 48 000 euros début 2023 à un plateau tenu près de 50 000 euros en 2025 sur les beaux exemplaires faible kilométrage. La 718 GTS 4.0 manuelle se négocie aujourd'hui souvent au-dessus de son tarif catalogue d'origine quand elle est bien tenue. À l'inverse, j'ai vu des SUV sportifs lourds perdre 25 % la première année. Tout est dans le choix du modèle et de la configuration.

Les pièges à éviter absolument

Investir dans une sportive, ce n'est pas acheter n'importe quoi en espérant un miracle. Le kilométrage compte énormément : un beau dossier d'entretien complet vaut de l'or à la revente. La configuration aussi : une boîte manuelle, une couleur recherchée, des options d'usine cohérentes font la différence de plusieurs milliers d'euros. Méfiez-vous des voitures bricolées, reprogrammées, accidentées mal réparées. C'est précisément là que mon contrôle 200 points sert : je refuse régulièrement des voitures à l'achat parce que l'historique ne tient pas. Une sportive collector avec un passé douteux, ça ne vaut pas son prix, peu importe le modèle.

  • Privilégiez les mécaniques en voie de disparition : atmosphérique, manuelle, six en ligne
  • Exigez un carnet d'entretien complet et un historique vérifiable
  • La configuration d'origine compte : couleur, boîte, options d'usine
  • Fuyez les exemplaires reprogrammés ou accidentés mal réparés
  • Un faible kilométrage bien documenté protège votre valeur de revente

Mon avis de négociant, sans langue de bois

Les frais de portage d'une sportive qu'on garde, le calcul que personne ne fait

On me parle toujours de la plus-value espérée, jamais du coût de la garder. En janvier 2026, un client de Caluire m'a demandé si conserver sa GT thermique trois ans de plus était une bonne idée patrimoniale. J'ai posé les vrais chiffres avec lui, sur une voiture estimée à 78 000 euros. L'assurance tous risques agios collection comprise tournait à 1 850 euros par an. L'entretien d'une sportive de ce niveau, vidanges spécifiques, liquides, une révision majeure tous les deux ans, je l'ai lissé à 2 400 euros annuels. Le stockage dans un box sec et ventilé à Villeurbanne, parce qu'un dehors lyonnais l'hiver abîme tout, ajoutait 1 680 euros par an. On arrive à près de 5 930 euros de portage annuel, sans compter la décote ou l'immobilisation du capital.

Le raisonnement que je tiens : une sportive thermique recherchée ne se valorise que si le marché monte plus vite que ces frais. Sur ce modèle précis, série limitée, moins de 1 200 exemplaires, j'estimais une appréciation possible de 4 à 6 % par an, soit 3 100 à 4 700 euros. Autrement dit, le portage mangeait presque toute la plus-value théorique. Mon conseil a été net : garder cette voiture par plaisir, oui, comme placement pur, non. Il l'a gardée, en assumant que c'était un coup de cœur roulant et pas un livret. C'est exactement la lucidité que je veux que mes clients aient avant de signer.

Un dernier repère que je donne à Bron comme à Tassin : ne placez jamais dans une sportive un argent dont vous pourriez avoir besoin sous trois ans. Le marché des thermiques rares monte par paliers, avec des respirations de douze à dix-huit mois où rien ne bouge. En 2024, j'ai vu un client vendre dans la panique une auto qui a repris 9 000 euros l'année suivante. La patience est la première qualité de celui qui gagne de l'argent sur ces voitures, bien avant le flair sur le bon modèle au bon moment.

Je vais être direct : achetez d'abord une sportive parce qu'elle vous fait vibrer, pas uniquement pour spéculer. Le plaisir de conduire une 718 GTS 4.0 sur les routes du Beaujolais un dimanche matin, ça n'a pas de cote. Si en plus la voiture tient sa valeur, c'est un bonus magnifique. Mais ceux qui achètent froidement comme on achète de l'or se trompent souvent de métier. Mon conseil à Thomas, un client de Caluire venu en avril 2025 : prends la M2 manuelle, roule-la, entretiens-la chez moi, et dans cinq ans on en reparle. Le marché récompense les passionnés patients, rarement les pressés.

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